L'ETABLI DE LA VIE

Préface de Philippe Jaffé, professeur de psychologie à l’université de Genève.

  1. Petit enfant grand objet : Le curé qui nous initie à la vie du Christ, par le biais de diapositives, et sa main et son zizi qui ne lâcheront plus mon cul - On bande à 5 ans - Désir de mort qui faillit aboutir, à l’âge de 7-8 ans - Je n’aimais pas tous ces regards penchés sur mon zizi.

  2. Innocence et plaisir : Du bonheur de la toute petite enfance au paradis fugace mais tenace du plaisir - Je me souviens des confessions. Je ne disais pas au prêtre avec qui puisque c’était avec lui - Qu’est-ce que j’ai fait pour que des hommes me rôdent sans cesse après ? - Je n’avais pas d’heure, point de peurs - « Anselme et Gretelle ».

  3. Tentative d’adolescence : Le baume de l’amitié – L’école, l’horreur - Je n’étais plus que de « semblant », de sang blanc. – Humiliation - Les pédés – La dénonciation – Parodie de jugement.

  4. La vérité éconduite : Les femmes…de ménage – Hommage aux mères bafouées – Femmes d’Afrique, femmes du Valais – Il met son zizi jusqu’où je pleure - Le mutisme des pères.

  5. L’innommable abomination : J’irai loin, aussi loin que là où l’infamie a posé ses besoins - C’EST MA FAUTE, C’EST MA FAUTE, C’EST MA TRES GRANDE FAUTE - Sens de l’offrande - Le bien et le mal – La soif de pouvoir qui dessèche l’esprit des religions.

  6. La majorité : L’acte de majorité - La qualité d’un être majeur est sa qualité d’entrer en communauté avec ses éléments duels et intérieurs – Responsabilité collective – Refus de voir, refus de savoir - Les victimes.

  7. Sexe, secte et détresse Il me fallait avancer maintenant dans mes décombres avec un habit qui ne me fasse point d’ombre, comme un enfant cherchant sa mère après le tremblement de terre - Les pédés – Les filles – L’aube de mes 20 ans ––…et l’on se dit soudain que l’ombre est l’hameçon de Dieu… - Communauté religieuse – Un bel amour.

  8. Fuite, cuisse, crise et cerises : La mer rouge, la mer morte. Le désert – Je me suis épris du désert. Nu, dans l’auréole de la mer, je me suis épris de la poussière de toutes les morts - Le Mt-Athos – Gestion immobilière - J’avais mon amour surtout, un amour embryonnaire, porteur d’un vaste syllabaire - La vie est de faîte et de faces.

  9. La cour des miracles : …peut-être même que les saisons sont l’unique oraison, l’espace entre le oui et le non - Le présent est un fer à repasser les remous du passé. Il sert à dénouer les plis de la conscience pour se mettre à l’abri du non sens - J’y entrais avec la profonde intuition de percevoir, sur ses toiles en chantier, sans le percer, le mystère de la fécondation - Les amis – Expérience de dédoublement

  10. Les monts de l’âme : Ce mal au fond du ventre, noyé sous les cloisons de l’absence, qui fanait mon regard comme le manque un visage - Je voulais suivre cette arête entre deux vertiges, entre l’exil de la cigogne et le péril de la salamandre - Je voyais des femmes en costumes, dans les mayens, qui balançaient la faux comme la brise leur chùtso . - Ashvagesha : « Quand l’esprit est dérangé, la multiplicité des phénomènes est produite, quand il est serein, elle disparaît ». - Il avait l’odeur marine, le regard opale et lointain, tendu vers les astres. Il devint mon « Astrien » - Les cours de fromager

  11. Alpages, fromages, alchimie, almanà : (« Il en est qui laissent des poisons, d’autres des remèdes. Difficile à déchiffrer. Il faut goûter » René Char, « Le nu perdu ».) - Je voyais la cité saoule de satiété. J’en avais été attiré, comme un enfant par les nids, puis, je m’en distançais comme un gitan sans sursis - Je n’avais pas encore l’œil qui captait la lumière du petit lait : Trop blanc, troublant. Trop jaune, trop chaud. Il y faut une petite touche de vert. Il faut revoir l’herbe dans la chaudière. Alors c’est l’espoir d’une petite nuance au goût de noisette dans l’assiette. - Oui, qu’est-ce qu’un pur ? Un pur c’est un être qui transmet ce qu’il a de bon pour élever l’autre. Ce sont des paysans qui me l’ont confirmé. - Qu’est-ce que l’Homme ? - Les extrêmes sont saisissants de proximité. - Lorsque l’estime prime sur l’intérêt, la relation est une radiation - (« Crois à l’efficacité de la mort de ce que tu veux pour avoir part au triomphe de ce qui doit être » Jeanne de Vietinghoff.) - Je la sentais la terre, neuve de ses millénaires, comme l’impossible veuve du vert - Au petit matin, mes yeux encore englués de sommeil, ont juste entr’aperçu comme une ombre, portant ses bagages, s’en aller comme l’aube fendre son bois.

  12. L’Inde : Goa me fut comme un enfant de 10 ans, partant sans seau, au puits de toutes les eaux - Dans ce monde, soumis par la peur, et qui s’arme jusqu’au cœur - La merde et la lumière s’associant comme les frasques d’un conte - Je m’enfonçais dans une nuit de sein noir, comme les canines du chacal sur des entrailles putrescentes - « D’un destin préconçu les morts prématurées s’entre-tuent et d’un enfant circoncis des peuples immatures le perpétuent » - Je sondais le noir dans les failles capillaires, comme le sarcopte qui se farce sous l’épiderme - Tel un raz de lumière dans l’embrasure des tombes, je la vis, belle de silence, comme toute essence, sombre et claire comme une ombre sans chair - Je cherchais une identité de façade dans une permanence de passage - Entre ce portier du rez, habillé comme un singe dans les cirques, et ce complot du haut, portant cravate comme les prélats leurs croix, je faisais mon choix. Je ne m'offrirai ni aux rats ni aux rois.

  13. Charlotte et Pierrette : A un certain moment, ma main, posée sur le levier de vitesse, sentit la sienne l’envelopper tel un oiseau son petit - Je m’accorde le droit de me chercher, le droit à l’erreur aussi - (« Les cachettes sont innombrables, la délivrance, unique, en revanche, il y a autant de possibilités de délivrance que de cachettes »Kafka) - J’apprenais, cette nuit là, qu’il ne s’agit pas seulement de se lier mais il faut aussi savoir se quitter.

  14. Les mecs, la drogue, la mort, l’amour : Leurs quatre cornes et leurs deux chairs unies, tendues vers le ciel, qui dansent en spirale - Nous étions assis, nous faisant face, contemplant, peut-être, le miracle de l’autre - Nos caresses infinies, comme un hymne à la chair, colmatant les crevasses de l’hiver - l’amapyòou voudrait dire : « pas vu d’âme ou plutôt voleur d’âmes » - Avec ce mec, nous étions brûlants tous les deux, brûlants d’impatience, brûlants de jouissance - - Ils ou elles ( ?) adorent mes dahlias mais les mangent aussi. Moi de même, j’aime mes dahlias mais je ne mange ni les escargots ni mes fleurs.

  15. Stop sida : Ou voudrai-je mourir ? Peut-on mourir là où l’on n’a pas pu vivre ? L’identité est profondément liée à la sexualité. La transformation ne peut s’accomplir sans l’aide de Dieu. La vie de couple. Comment accepter de décevoir lorsqu’il fait déjà si noir. Nous alternions la tendresse infinie à la bestialité irréfléchie. Nous savions que la mort est avant l’amour. Nous savions que l’amour n’est déchiffrable que dans ses alentours. C’était plus beau qu’un sentiment de pacotille, qu’un amour de sacristie.

  16. L’Amérique : La Californie m’a paru comme façonnée par les anges, mais activée par un rouage. Hollywood, la sainte forêt des lettres, vitrines du vide, qui tuent les Chiroquois. Ce fut une mission chrétienne, franciscaine et mexicaine. Ce fut une triple haine déguisée en soutane noire. Les étoiles du passé qui tapissent le velours du souvenir tissent le devenir. C’est ainsi que l’on devine. Peu après ma première expérience comme guide, j’allais recevoir ma «Commercial driver license».

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