PREFACE
De Me Charles Poncet

L’Eglise catholique suisse n’a pas le monopole de la pédophilie. La pratique s’est malheureusement avérée universelle et la parole de l’Evangile « laissez venir à moi les petits enfants » s’éclaire d’un jour sombre à la lumière des agissements d’une minorité de prêtres dévoyés, qui jettent l’opprobre sur ceux de leurs collègues qui essaient de vivre honnêtement une vocation difficile, en raison du trouble rapport que la hiérarchie catholique entretient depuis toujours avec la problématique de la sexualité.

Il est, cependant, une caractéristique particulière de l’Eglise catholique suisse : elle se refuse à indemniser les victimes. Alors que dans d’autres pays – aux Etats-Unis notamment – l’Eglise a vendu des biens, réalisé des actifs et indemnisé les victimes de clercs pédophiles, rien de comparable n’a été fait en Suisse. Or, lorsque des actes illicites graves sont commis, l’ordre juridique des pays civilisés appelle une réponse qui, sans remédier à la souffrance des victimes, la compense au moins en partie : ce sont les dommages-intérêts. Certes, la pratique judiciaire suisse est très restrictive dans ce domaine : le Tribunal fédéral considère en effet qu’une atteinte particulièrement grave à l’intégrité sexuelle justifie une centaine de milliers de francs tout au plus, alors qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis – ou même en Allemagne… – les tribunaux se montrent beaucoup plus généreux. Quoi qu’il en soit à cet égard, il est totalement inadmissible que l’Eglise catholique se refuse à indemniser les victimes de ces prêtres. De ce point de vue, l’ouvrage de Gérard Falcioni apporte un cri d’indignation bien venu. Puisse-t-il être entendu et qu’une partie au moins du considérable patrimoine immobilier de l’Eglise catholique suisse soit vendue, afin d’indemniser les victimes.

A défaut d’être un acte de charité – puisqu’il faut apparemment y renoncer dans ce domaine – ce sera au moins un acte de justice.

Me Charles Poncet

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